samedi 28 mars 2015

LE ROI ARTHUR film historique d'Antoine Fuqua (USA - 2004)


Le Roi Arthur  (King Arthur) est un film américain  réalisé en 2004 par Antoine Fuqua.

Synopsis

L'action est censée se dérouler en 467 après J.-C. Rome, en proie à la dégénérescence de ses institutions, est victime des attaques répétées des peuples  barbares qui se pressent à toutes ses frontières et n’est plus capable de faire régner l’ordre dans son Empire trop étendu. Le pouvoir se replie sur l'Italie, abandonnant peu à peu toutes ses anciennes colonies à leur sort. Après plusieurs siècles de domination sur la Grande-Bretagne, les Romains s'en retirent face aux invasions des Saxons. Lors des conquêtes menées dans l’est de l’Europe, ils ont incorporé des cavaliers Sarmates, réputés pour leur bravoure et leur art du combat, leur promettant de les libérer de leurs engagements envers Rome après 15 ans de service. Ces cavaliers sont sous les ordres d'un officier romain, de mère celte, Artorius Castus, dit Arthur (Clive Owen).

Le film commence au moment où, ayant accompli leur dernière mission qui consistait à sauver l’évêque Germanus d’une embuscade des Pictes, dont le chef est un certain Merlin, ils attendent qu’on leur délivre le sauf-conduit qui leur permettra de regagner leur lointaine patrie.

Mais, avant de leur remettre ces précieux documents, Germanus leur donne une dernière mission : ramener à l'abri du camp romain,  situé au sud du mur d’Hadrien, la riche famille de Marius Honorius (en particulier son fils Alecto, un adolescent pressenti pour devenir le futur pape), qui vit en pays Picte.

Les chevaliers sarmates, Lancelot, Tristan, Bors, Dagonet, Gauvain et Galahad, sont réticents à l'idée d'accomplir cette dernière mais périlleuse mission, mais leur chef Arthur parvient à les en convaincre. Alors que les Saxons, menés par le roi Cerdic et son fils Cynric ont débarqué dans le nord de l’île et la ravagent, Arthur et ses chevaliers atteignent le domaine de Marius Honorius. Contre toute attente, celui-ci se refuse à les suivre. Ils découvrent aussi les traitements inhumains auxquels le Romain, malgré sa foi chrétienne, soumet ses serfs et les païens dont il est le maître. Arthur, de culture romaine et formé aux idées de justice prônées par Pélage, est horrifié. Parmi les serfs qu'il libère se trouve une jeune femme picte, du nom de Guenièvre (Keira Knightley), qui a été victime des mauvais traitements d'Honorius. Malgré ses protestations, les Sarmates contraignent Honorius à  les suivre. Sur le chemin du retour, Guenièvre conduit Arthur à son père, Merlin. Celui-ci propose à Arthur de faire une alliance entre Sarmates et Pictes contre les envahisseurs Saxons. Plus tard, alors qu'Honorius tente de s'enfuir en prenant en otage un jeune garçon, il est tué par Guenièvre qui est une archère redoutable. Avant d’arriver au camp romain, Alecto révèle à Arthur que celui qu’il révérait pour ses enseignements égalitaires, Pélage, a été exécuté à Rome pour hérésie par ceux-là même qu’Arthur défend.

Talonnés par l'avant-garde saxonne qui détruit tout sur son passage, Arthur et ses chevaliers s'arrêtent après avoir traversé un lac gelé pour faire face aux Saxons et donner aux réfugiés le temps de regagner l'abri du mur d'Hadrien. L’un des compagnons d’Arthur, Dagonet, se sacrifie pour briser la glace du lac qui engloutit ainsi la plus grande partie de l’armée saxonne.

 Sa mission accomplie, Arthur, écœuré par l’exécution de son maître Pélage, choisit de rester en Grande-Bretagne et de prendre la tête de la défense de son pays natal avec l'aide des Pictes. Ses compagnons, bien que théoriquement libres, choisissent aussi de lui rester fidèles et renoncent à regagner leur pays. Une grande bataille a lieu à Mount Badon entre les Saxons et l'armée d'Arthur ; au cours de celle-ci, Lancelot est tué ainsi que Tristan, après qu'il ait sauvé Guenièvre.

Après la mort de leur roi, la déroute des Saxons est complète. Merlin proclame Arthur roi de Bretagne et célèbre son mariage avec sa fille Guenièvre, mariage qui scellera l'alliance de tous les peuples de Bretagne.

Mon opinion sur ce film

L’idée de départ du réalisateur de traiter la légende arthurienne sous un angle historique original était intéressante. Après tout, tout ce que l'on sait d'Arthur et de ses compagnons a été forgé des siècles après les faits, eux-mêmes tellement déformés par la légende et ses multiples interprétations que toutes les adaptations sont a priori possibles.

Encore eut-il fallu que les scénaristes respectent une certaine cohérence. L'introduction des cavaliers Sarmates, bien qu’elle soit peu connue, est historique. Elle repose sur les travaux de Linda Ann Malcor, et particulièrement sur son livre « De Scythie à Camelot » qui montre l'intégration dans l'armée romaine de ces combattants expérimentés enrôlés pour défendre le mur d'Hadrien construit sous l’empereur Hadrien pour séparer le nord de l'Angleterre, occupé par Rome, de l'Ecosse. Le problème est que le film se base sur une chronologie totalement aberrante : en effet les événements qu'on nous présente ne sont pas contemporains les uns des autres. En ce qui concerne cette période, il y a peu de certitudes historiques mais il y en a malgré tout quelques-unes en lesquelles on peut avoir confiance. La Chronique anglo-saxonne, par exemple, nous dit que les Saxons n’ont débarqué en Angleterre qu'en 495, soit une 30e d'années après les événements montrés dans le film.  Il n'y eut donc jamais d'affrontements directs entre Saxons et Romains, ces derniers ayant déjà quitté l'île des dizaines d'années avant l'arrivée des Saxons sur le sol britannique. Quant à Pélage, il serait mort en 420 environ, soit une 40e d'années avant l'époque où est censé se dérouler le film. Ces deux faits sont donc totalement incompatibles avec un scénario que l'on nous présente comme "la véritable histoire du roi Arthur" ce qui est pour le moins présomptueux. Géographiquement, le film est tout aussi peu crédible : la bataille de Mount Badon (lieu clé de l'action du film) entre Arthur et les Saxons se serait déroulée, selon les archéologues, près de Bath, dans le sud-ouest de l’Angleterre et pas du tout près du mur d'Hadrien, qui se trouve, lui, à l'extrême nord de l'Angleterre. Le seul élément qui ait un peu de vraisemblance reste l’introduction des cavaliers Sarmates mais ils n'ont pu en aucune manière servir de modèle aux légendes arthuriennes.

On pourrait faire l'impasse sur ces anachronismes si ce film assumait ses incohérences, comme l'ont fait d'autres films. J’ai, dans ce domaine, les idées assez large. J'ai, par exemple, adoré  Chevalier de Brian Helgeland avec  Heath Ledger et, à un titre moindre Lancelot, le premier chevalier avec Richard Gere (dans le rôle de Lancelot) et Sean Connery (dans celui du roi Arthur). J'ai aussi regardé, sans trop de réticence, Excalibur de John Boorman, malgré toutes les libertés qu’il prend avec la légende arthurienne. En effet, si aucun de ces films ne respecte à la lettre l'histoire de la chevalerie ou des légendes arthuriennes, Chevalier est néanmoins pour moi un film formidable, plein de trouvailles, d'humour et d'inventivité (sans parler de la bande son complètement déjantée, en total décalage avec l'époque, mais tellement génialement utilisée qu'on en redemande). J’adore aussi le Merlin l'enchanteur de Walt Disney et la récente série  Merlin de la télévision anglaise, malgré ses incohérences et son manque évident de moyens. Mais, dans tous ces films, les anachronismes sont voulus et assumés et on les accepte d’autant mieux que les réalisateurs n’ont jamais eu la prétention de vouloir faire des "films historiques".

C'est sans doute justement parce qu'il n'est, en fin de compte, rien d'autre qu'un film d'action, où les batailles et les tueries se succèdent jusqu’à l’écœurement, que ce film a plu au grand public. Par contre la critique n'a pas été dupe avec 31% seulement d’avis positifs, un score moyen de 4,9/10 sur la base de 183 critiques collectées, sur le site internet Rotten Tomatoes et de 46/100, sur la base de 39 critiques, sur Metacritic. En France, les critiques ont été contrastées : pour Le Parisien,  il s'agit d'un « grand et beau spectacle » avec de « sérieux atouts ». Première, la revue spécialisée de cinéma, généralement plus critique, y a vu une « histoire inattendue et plutôt intéressante » avec de « bons acteurs » (ce qu’on ne saurait nier), L'Écran fantastique évoque « un postulat intéressant pour un résultat mitigé », Positif, un « brave film d'aventures » aux « agréables clichés » et Télérama une «pseudo-réalité historique manquant de style ». Je ne suis pas toujours d’accord, loin de là, avec les critiques cinéma de Télérama mais, pour cette fois, j'y souscris sans réserve et, si j’avais dû faire la critique de ce film, j’aurais été nettement plus sarcastique.


Sur le plan technique, le film n'a pas lésiné sur les moyens : tournage en paysages naturels (quelques superbes vues d'Irlande) et, nettement moins réussi, construction d'un « faux » mur d'Hadrien (et cela se voit !). Dans le bonus, le réalisateur nous dit avec fierté qu'il n'a pas recouru aux images de synthèse. Il aurait franchement mieux valu car je n'ai jamais vu un décor faire aussi "toc". C’est d’autant plus inconcevable que le vrai mur d'Hadrien existe encore et qu’il est particulièrement spectaculaire : il eut fait un merveilleux décor qui aurait valu mille fois l’horrible décor de carton-pâte que nous montre le film. Quant au reste, malgré les efforts faits par la production, on a du mal à reconnaître les barbares des "civilisés". A part que les Pictes qui sont peints en bleu, les différents combattants se différencient si peu les uns des autres qu'on a du mal à savoir qui est qui. Quant aux chevaliers d'Arthur, à part une Table Ronde si anachronique qu'on se demande si elle est tombée du ciel, on ne voit pas ce qu'elle fait là si ce n'est pour nous rappeler qu'on a affaire au « vrai » roi Arthur et à ses compagnons, dans le cas peu probable où on l'aurait oublié. Quelques scènes sont spectaculaires : celle du lac gelé (entièrement fabriqué par les décorateurs), quelques beaux paysages, la fuite éperdue des chevaux à la fin... Mais à part cela, on ne ressent aucune émotion (même pas lorsqu'on incinère le corps de Tristan... On ne croit pas une seconde à cette histoire qui s'éternise et dont la fin (le mariage d'Arthur et de Guenièvre au milieu d'un cercle de pierre évoquant vaguement un Stonehenge bas de gamme déplacé en bordure de mer) est d'un ridicule achevé. Bref, pour moi, ce film est un navet complet sans le moindre intérêt (surtout pas "historique" !)      

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