samedi 21 juin 2014

LE JARDIN DES FINZI-CONTINI de Vittorio de Sica (IT-1970)


Film réalisé par Vittorio de Sica en 1970 à partir du court roman, ou une longue nouvelle éponyme de l'écrivain italien antifasciste  Giorgio Bassani, publié en 1962. Il raconte les relations entre jeunes gens de la bonne société  juive de Ferrare, dans les années 30, au début du fascisme. Le film a remporté l'Ours d'or à Berlin en 1971 et  un Oscar du meilleur film étranger l'année suivante.
            Bassani n'a pas été associé au scénario et a critiqué le film car, selon lui, il était trop éloigné de son roman, ce qui n'est pas faux. C'est néanmoins un film magnifique réédité en DVD en 2007 par M6 Vidéo dans une version entièrement remastérisée et augmentée d'intéressants bonus.

 Synopsis

           A Ferrare, tout le monde connaît les Finzi-Contini, grands bourgeois retranchés à l'intérieur des murs de leur palais, entouré d'un immense parc (qui joue un bien plus grand rôle dans le livre que dans le film, où il n'apparaît que comme un vague décor).
         Le livre commence aussi plus tôt que le film et raconte les brèves rencontres entre Micol (interprétée par Dominique Sanda) et son frère Alberto (Helmut Berger), les enfants de la famille Finzi-Contini, à la synagogue et lors des examens qu'ils viennent passer en candidats libres au collège de la ville, avec les autres enfants de Ferrare.
Cette partie est quasi absente du film, sauf sous forme de courts flash-backs, difficiles à comprendre pour quelqu'un qui n'aurait pas lu le livre.
         Le film, lui, ne commence vraiment qu'au début de l'été 1938, alors que les lois raciales promulguées par Mussolini interdisent aux jeunes gens juifs d'utiliser les courts de tennis publics de Ferrare.
        La famille Finzi-Contini, qui possède un court privé, ouvre alors l'accès de son parc aux jeunes gens et leur permet de venir s'y entraîner. Au cours des mois qui suivent, les visites du héros, Giorgio (Lino Capolicchio), qui n'est autre que l'auteur du livre, vont se faire quotidiennes et l'amour va naître entre le narrateur et le belle Micol alors que son frère Alberto meurt doucement d'une maladie non précisée.
        Dans le film, l'amour de Giorgio pour Micol, qui  le considère comme un gamin, et le fait qu'il découvre qu'elle le "trompe" avec le meilleur ami de son frère, Malnate (Fabio Testi), qu'elle a d'abord repoussé, est mis en évidence alors que ces relations sont abordées de manière beaucoup plus subtiles dans le livre. C'est sans doute cela qui a déplu à l'auteur, dont l'écriture, tout en délicatesse, s'accorde mal à une lecture unique telle qu'elle nous est imposée dans le film. 
        En Italie, le régime fasciste multiplie les mesures vexatoires contre les juifs mais la famille Finzi-Contini, pilier de l’aristocratie de Ferrare depuis des générations, refuse de croire à l'imminence de la menace alors que, hors des murs, le pire se déroule.
Le film se clôt en 1943 sur les images terribles de l'arrestation de la famille Finzi-Contini et du père de Giorgio, et de leur rassemblement, avant d'être déportés,  dans l'école où les enfants s'étaient connus. La fin prend littéralement à la gorge quand Micol, soutenant sa grand-mère qui n'a plus toute sa tête, regarde, par les fenêtres sales de la salle de classe, les frondaisons du jardin des Finzi-Contini que l'on devine au-delà des remparts de Ferrare. La musique qui accompagne ces images, celle d'un chant funèbre en yiddish, est d'une sublime et tragique beauté.
        Le film a reçu, dès sa sortie, un accueil chaleureux. Il faut dire que son réalisateur n'était pas n'importe qui puisqu'il s'agissait de Vittorio de Sica, alors au sommet de sa gloire. Certains critiques l'ont cependant trouvé d'un romantisme extrême, à la limite de la mièvrerie et de la sensiblerie, ce qui ne se justifie qu'en partie, la fin du film, avec le décès d'Alberto, presqu'immédiatement suivi de l'arrestation de la famille Finzi-Contini et son enfermement dans l'école, concluant sur une note qui ne peut être en aucune manière qualifiée de mièvre.
        Dernière remarque. Certains pourraient rechigner à revoir un film qui a près de 30 ans. Ce serait dommage car c'est une œuvre qui, à la différence de beaucoup, n'a pas pris une ride. Ses héros sont toujours jeunes et beaux et  ils le resteront à jamais ainsi gravés pour l'éternité sur la pellicule. Les terribles évènements qu'ils rappellent seront hélas, eux aussi, toujours d'actualité et la folie meurtrière des hommes envers d'autres hommes, l'iniquité, la cruauté font et feront toujours partie de l'âme humaine.

        Mais, quelles que soient les qualités du film, il faut aussi lire le livre de Bassani car il apporte une dimension poétique et quasi-métaphysique que l’on ne retrouve pas dans le film.  

vendredi 13 juin 2014

LE CHEVAL VENU DE LA MER de Mike Newell (IRL-GB 1992)


Le cheval venu de la mer (Into the West) est un film britannico-irlandais d'aventure fantastique, réalisé par Mike Newell, tourné et sorti en 1992. Écrit par Jim Sheridan d'après une histoire de Michael Pearce, il met en scène les nomades appelés « travellers » et la mythologie irlandaise à travers l'histoire de deux jeunes frères nourris de contes et légendes et passionnés par les westerns américains, qui traversent l'Irlande d'est en ouest sur un cheval blanc, poursuivis par la police, pendant que leur père, hanté par le souvenir de sa femme disparue, tente de les retrouver et de regagner sa dignité perdue.
Ce film présente une image de l'Irlande qui n'est pas celle, lisse et idéale, des agences de tourisme en nous révélant une réalité que l'on connaît mal : celle des "tinkers", les "gitans irlandais", des nomades dont on ne connaît trop l'origine, arpentant  en tout sens les routes de la verte Eirin.

Synopsis

Deux enfants de "tinkers" sédentarisés, deux frères, Ossie et Tito, vivent avec leur père alcoolique depuis la mort de leur mère, dans une cité de HLM miteux aux environs de Dublin.

Un jour, Ward, le grand-père, qui est resté un "tinker" dans l'âme, ramène avec lui un splendide cheval blanc dont le nom est Tir na Nog, nom qui, en gaélique désigne la "Terre des Immortels", autrement dit l'Autre-Monde.

Les deux garçons s'attachent à l'animal et décident de l'entraîner pour le présenter à des concours hippiques dont les tinkers se sont fait une spécialité. Provisoirement, ils le cachent dans leur appartement HLM. Mais ils ne sont pas les seuls à avoir repéré les extraordinaires potentialités de l'étalon et, avec la complicité d'un policer véreux, le cheval est enlevé aux enfants au profit d'un riche propriétaire de haras qui veut se l’approprier.

Les deux frères libèrent l'animal et, poursuivis par la police, s'enfuient avec lui "vers" l'Ouest (ou plutôt, comme l'indique le titre anglais, intraduisible en français, "into", c'est-à-dire "dans" l'Ouest...) Ils traversent tout le pays, en direction de l'Ouest, jusqu'à ce qu'ils arrivent à l'Océan (Images à couper le souffle sur les falaises de Moher). Mais ce qu'ils ne savent pas et qu'ils ne comprennent que trop tard, c'est que l'animal est une « Kelpie », une créature légendaire issue de la mer, qui prend la forme d'un cheval blanc. Dans sa fuite et son désir de retrouver son élément, il les entraînera avec lui, « dans la mer » et dans l'Autre Monde, celui de la Mort. Les deux enfants sont sauvés in extremis : le plus jeune, Ossie, reste sur le dos du cheval, emmené avec lui dans les flots. Alors qu'il a perdu connaissance et est en train de se noyer, il voit une belle dame (dans laquelle il croit voir sa mère morte), qui vit à jamais dans Tir na Nog, la "terre de promesse", l'Au-delà des légendes irlandaises. Il est ramené à la vie in-extremis par son père. 

Mon opinion sur ce film

Ce film est un de mes préférés. Porté par la musique de Patrick Doyle, le film a reçu plusieurs récompenses lors de festivals. Il est bien accueilli par la critique et le public, surtout en ce qui concerne le jeu des acteurs Gabriel Byrne, Ellen Barkin, et des deux enfants Ciarán Fitzgerald et Rúaidhrí Conroy, mais aussi les paysages qu'il met en scène. Une belle histoire que traverse un vent de liberté et de poésie. Un film qui mérite d'être vu pour ceux qui ne connaîtraient pas encore ce chef d'œuvre du réalisateur du beaucoup plus léger "Quatre mariages et un enterrement".

Le bonus mérite d'être vu, en particulier les entretiens avec les dresseurs des trois chevaux qui ont tourné dans le film et le « making of » du tournage, dans des conditions climatiques (vent, pluie et froid) particulièrement difficiles qui rendent encore plus admirables les images qui sont données à voir au spectateur.

MINORITY REPORT de Steven Spielberg (USA-2002)


Minority Report  est un thriller de science-fiction américain réalisé par Steven Spielberg, sorti sur les écrans en 2002. Ce film est l’adaptation cinématographique de la nouvelle éponyme de Philip K. Dick, « Minority Report ».  

Synopsis

L'action se situe à Washington de 2054 où des êtres humains mutants, les précogs, peuvent prédire les crimes à venir grâce à leur don de prescience et abattre les criminels en puissance avant qu'ils n'aient commis leur forfait. L'enjeu est énorme car, si le système s'avère fiable, il sera étendu à l’ensemble des Etats-Unis et permettra d'éradiquer le crime. Mais, un jour, le système dérape et c'est le chef de la Précrime, John Anderton (Tom Cruise) que l'ordinateur identifie comme étant le prochain meurtrier : selon l’ordinateur, il devrait assassiner quelqu'un qu'il ne connaît pas d’ici 36 heures.

Devenu la cible de ses propres troupes, Anderton prend la fuite. Il finit par semer ses poursuivants et se réfugie chez l'une des deux créatrices de la Précrime, Iris Hindeman, qui lui révèle que le système a des failles, consignées dans le "rapport minoritaire" (Minority report). La seule chance qu'a Anderton de sauver sa peau est de mettre la main sur ce "rapport minoritaire" avant d'être abattu.

Comme toujours avec les nouvelles de Philip K. Dick, la réalité est déformée et le spectateur a l'impression d'être au cœur d'un cauchemar... Au départ, bien entendu, toute notre sympathie va au héros que l’on croit innocent. On est de son côté contre une institution aveugle et totalitaire et on souhaite qu'il se sorte de l’imbroglio dont il est prisonnier. Mais on s'aperçoit très vite que les choses ne sont pas si simples. Anderton a aussi un côté sombre : son existence a été marquée par un terrible drame. Il y a plusieurs années, son fils a été enlevé et tué par un pédophile et il s’avère que celui qu'il doit tuer sans le connaître est justement ce meurtrier. Le spectateur est amené à reconsidérer son opinion sur son innocence supposée.
 Scénario complexe et imprévisible pour un film qui mêle science-fiction et thriller angoissant. Le scénario est excellent, l'esthétique futuriste à la fois épurée et glauque concourt à donner à ce film une ambiance psychotique et une tension qui ne faiblissent pas du début à la fin. Les dialogues aussi,  fins et d'une rare intelligence, contribuent à faire de ce film une réussite.

En bref, un excellent film qui, grâce à ce qu’il révèle de la complexité de la psychologie humaine,  devrait aussi intéresser ceux à qui la SF donne habituellement des boutons.

vendredi 6 juin 2014

LE DERNIER JOUR de Rodolphe Marconi (FR-2004)


Le dernier jour de Rodolphe Marconi (FR-2004)

Drame réalisé par Rodolphe Marconi, sorti en 2004. Le film met notamment en scène Nicole Garcia, Gaspard Ulliel, Mélanie Laurent, Thibault Vinçon, Christophe Malavoy et Bruno Todeschini..

Synopsis
Le film commence au moment où Simon (Gaspard Ulliel), étudiant aux Beaux-arts, son carton à dessin sous le bras et un sac en bandoulière, prend le train à la gare d'Austerlitz pour rejoindre ses parents qui passent l'été dans une maison de vacances sur la côte atlantique. Dans le train, il fait la connaissance de Louise (Mélanie Laurent), qui lui demande une cigarette. Plus tard, alors que Simon est endormi sur la banquette du train de nuit, Louise entre dans son compartiment et se love sur la banquette en face de lui. Au matin, ils arrivent chez les parents de Simon et son accueillis par sa mère (Nicole Garcia), qui les croit en couple et leur propose de partager le même lit. Ni Simon ni Louise ne démentent et ils dorment ensemble, comme frères et sœurs. Jusque-là, le film est empreint d'une grâce et d'une fraîcheur qui laissent augurer du meilleur.

Le lendemain, Simon emmène Louise voir son meilleur ami, Mathieu (Thibault Vinçon), qui vit dans un phare. Louise tombe instantanément amoureuse de ce garçon plus mature, plus viril et aussi plus sombre que Simon (du moins en apparence).

La situation commence cependant à devenir trouble quand Louise, revenue chez les parents de Simon, continue comme si de rien n'était avec lui et qu’il accepte de faire « comme si ». Le trouble s’installe alors. Sans doute était-ce le but du réalisateur : mettre le spectateur dans la position du voyeur, ce qui nous fait (du moins moi) nous sentir mal à l'aise. On sent bien que quelque chose couve et qu'un drame se noue dans l'ombre. Le drame se complique d'un mensonge. La mère de Simon, mal dans sa peau, va retrouver en cachette dans un hôtel presque "de passe" son amour de jeunesse, Marc (Bruno Todeschini).  Les choses s'éclairent un peu car nous apprenons que Simon n'est pas le fils de Jean-Louis (Christophe Malavoy), qui comble par contre de marques d'affection sa cadette, Alice (Alysson Paradis, soeur de Vanessa), une insupportable ado "tête-à-claques". Mais - et là, je trouve personnellement que la barque commence à être un peu trop chargée pour mon goût - on nous révèle que Marc est aussi le père de Louise. Sacré imbroglio dont seul le cinéma français a le secret. Ce "coup de théâtre" digne d'une pièce de boulevard, n'apporte strictement rien à l'histoire car on ne sait pas si cela a joué dans la rencontre de Simon et de Louise ou si celle-ci est due au pur hasard.

Quoiqu'il en soit, le dernier jour, alors que tout le monde a quitté la maison, (l'imbuvable sœur cadette est allée chez des amis, les parents, apparemment rabibochés - du moins en surface,  sont repartis pour Paris, Louise et Mathieu sont eux aussi partis filer le parfait amour...), Simon se retrouve seul dans la maison vide. Il monte dans sa chambre et, d'un coup de tête, il en brise la vitre, se tranchant en même temps la carotide. Geste stupide d'un adolescent qui tourne mal ? Suicide suite à la trahison de son ami qui lui a "soufflé" sa conquête ? On nous laisse dans le brouillard. Le film pourrait se terminer là, mais non, le réalisateur nous réserve encore un « lapin sorti de son chapeau » car il a dû penser que cette  fin sanglante et granguignolesque n'était pas assez pour le spectateur. En effet, après l'image traumatisante du sang qui s'écoule le long de la vitre brisée intervient un noir pendant lequel on entend la voix de Simon se demander s'il est mort ou s'il est encore en vie et on le voit errer sur la jetée face à l'océan... Cette dernière scène  a fini de m'achever .

Par ailleurs le film, fait de longs plans séquences où il ne se passe rien (si ce n'est la fin, brutale, inutile et choquante, du moins à mon point de vue), sans action, sans dialogues, sans de véritable scénario m'a paru extrêmement ennuyeux. Dommage, car les jeunes acteurs sont beaux dans leur innocence et leur fragilité : la grâce de Gaspard Ulliel et de Mélanie Laurent méritaient mieux que ce film sans queue ni tête. Par contre, les acteurs adultes sont insupportables : Nicole Garcia surjoue l'hystérique (comme, hélas, souvent), Christophe Malavoy est absent, Bruno Todeschini est totalement ridicule en vieux beau...

Mon opinion sur ce film

Je dis souvent être déçu par le cinéma français. Ce film n’est pas fait pour me rabibocher. C'est la présence, dans ce film, de Gaspard Ulliel et surtout de Mélanie Laurent, dont j'avais apprécié la beauté et la fragilité dans d'autres films (elle est magnifique, dans Je vais bien, ne t'en fais pas de Philippe Lioret  mais encore mieux dans un film que j'ai vu depuis cette critique, Le concert ). A la différence de la critique du Téléobs qui lui est consacrée, disant que justement ce film "évite l'ornière auteuriste snob et marginale qui caractérise un certain jeune cinéma français", je dirais au contraire que ce film est tout ce que je déteste dans le « jeune cinéma français ».

LA LEGENDE DU PIANISTE SUR L'OCEAN de G. Tornatore (IT-1998)



Ce film est tiré du livre du grand écrivain contemporain italien,  Alessandro Baricco, l'auteur de "Soie"
Le titre original, dont le sens se révèle à la lecture, est "Novecento, pianiste".
Le film La Légende du pianiste sur l'océan (La Leggenda del pianista sull'oceano) est un film peu connu  qui mériterait plus de notoriété. Il a été réalisé par  Giuseppe Tornatore, qui réalisa aussi le très beau Cinéma Paradiso avec Philippe Noiret (1989).

Synopsis

Tout commence sur un paquebot,  le "Virginian",  chargé de migrants italiens pour l'Amérique. Nous sommes à la veille du passage du nouveau siècle. Danny, l'un des machinistes trouve, dans une salle de banquet, un nouveau-né abandonné. Il l'adopte et l'élève comme si c’était son propre fils. Ne sachant pas comment l'appeler, comme il l’a découvert le jour du passage à l’année 1900, il le baptise Novecento (1900). Novecento grandit sur le paquebot, vit sur le paquebot, et n'ayant aucune identité réelle, il ne le quitte jamais même pendant les escales. Huit ans plus tard, son "père adoptif", Danny meurt dans un accident. Novecento grandit seul, caché dans les cales du bateau. Toujours en cachette, il ne manque aucun des concerts qui sont donnés dans le grand salon de la 1ère classe. C'est ainsi qu'il apprend à devenir pianiste. Un soir, alors que le salon est vide, il s'assied sur le tabouret du piano et se met à jouer. Il a un véritable don musical. Les années passent... Novecento grandit. Un jour, un trompettiste de jazz, Max Tooney (Tim Tooney dans le livre), monte sur le bateau et la musique les rapproche. Ils deviennent inséparables. La renommée de pianiste virtuose de Novecento grandit. Il joue pour tous, qu'il s'agisse de passagers des 1ère classe ou des 3ème. Des producteurs, attirés par son talent, tentent de lui faire signer un contrat pour l'entraîner dans une tournée mondiale mais Novecento, dont le navire est l'univers exclusif, fait marche arrière au moment où il met le pied sur la passerelle qui doit le conduire à terre. Malgré tout, sa réputation continue à grandir. Jelly Roll Morton, que l'on considère comme le "père" du jazz, vient même sur le bateau pour lui proposer un "duel musical" que Jelly perdra. Lorsque le contrat de Max se termine, il quitte le bateau et il doit se séparer, la mort dans l'âme, de son ami Novecento. Après la guerre, de retour à la "vie civile", Max apprend que le Virginian, qui a servi de navire hôpital pendant la 1ère guerre mondiale, a été mis au rencart et doit être dynamité. Pensant qu’il y trouvera Novecento, il remonte sur le bateau à la recherche de son ami. La scène des retrouvailles est poignante : Novecento, seul au milieu de l'immense navire vide et abandonné, continue à jouer pour lui-même. Malgré l'insistance de Max, il refusera d'abandonner le navire qui représente tout ce qu'il connaît et qu'il aime et il mourra dans l'explosion du navire. 

Un film sublime, à vous faire aimer (si vous ne l'aimez pas, ce qui est mon cas) le jazz. Un très beau et grand film qui mérite d'être mieux connu, avec des acteurs remarquables : Tim Roth (Novecento) mais aussi Pruitt Taylor Vince dans le rôle de Max.

jeudi 5 juin 2014

SMALLVILLE - Série TV de science fiction (2001-2011)

Smallville (série TV)

Après avoir suivi avec passion la série de science fiction Smallville lors de ses premières saisons, je m'en étais lassé à partir de la 6ème.  La série a duré 10 saisons (soi 218 épisodes), un record rarement atteint par une série TV ni meilleur ni moins bonne que d'autres !  

J'avais beaucoup aimé la manière dont les scénaristes des premières saisons (Alfred Gough et Miles Millar) avaient abordé la jeunesse de Superman. Au début de la série, Superman, découvert bébé dans un champ par un couple de fermiers, est élevé par ses parents adoptifs dans une ferme d'une petite ville agricole du Texas du nom de Smallville. Les premières saisons se déroulaient à Smallville où le jeune Clark Kent (Tom Welling), lycéen au lycée de Smallville, entouré de ses amis, Lana Lang (Kristin Kreuk, Pete et Chloé Sullivan (Allison Mack), menait la vie d'un ado américain presqu'ordinaire, en essayant de maîtriser ses pouvoirs. 

J'avais fini par "décrocher" vers la 6e saison devant les rebondissements laborieux et les invraisemblances (mort de certains personnages, depuis ressuscités, etc.), me demandant comment une série qui me paraissait à bout de souffle pouvait bien continuer aussi longtemps alors que d'autres, bien meilleures, comme Battlestar Galactica The lost room ou Jericho s'étaient interrompues soit disant en raison de trop faibles taux d’audience...

Je viens de voir la saison 8 de Smallville qui, bien qu'elle ne soit pas exempte des travers des saisons précédentes, présente certaines qualités. Clark a grandi, il est devenu plus adulte et il assume mieux ses pouvoirs et ses faiblesses. L'Archer vert alias Oliver Queen (interprété par Justin Hartley) a, lui aussi, pris plus d'épaisseur. Par contre, le retour provisoire de Lana Lang n'était pas indispensable. Quant à la grossière transformation de Davis en monstre sanguinaire, si le personnage est intéressant, la "bête"  qui prend possession de lui est par contre d'un ridicule achevé, indigne des réussites des techniques d'imagerie et de 3D actuelles. On a l'impression de voir un vieux film de SF des années 50.

La BO

Ah, autre chose. Les musiques (à commencer par celle du générique "Save me" de Rémy Zéro) sont très souvent excellentes et ont beaucoup contribué au succès de la série. Dans la saison 8, j'ai en particulier beaucoup aimé "I don't care" d'Apocalyptica. 

DES HOMMES ET DES DIEUX de Xavier Beauvois (FR-2010)


Des hommes et des dieux, film de Xavier Beauvois (2010)

Des hommes et des dieux est un film dramatique français réalisé par Xavier Beauvois, inspiré librement de l'assassinat des moines de Tibhirine en Algérie en 1996. Le film retrace la vie quotidienne des moines et leurs interrogations face à la montée de la violence durant les mois précédant leur enlèvement et leur assassinat lors de la guerre civile algérienne.

Autour du film

Ce film a été présenté le 18 mai 2010, dans le cadre de la compétition officielle du Festival de Cannes 2010 et a reçu le Grand prix du jury. Produit par Why Not Productions et Armada Films, il est sorti en France le 8 septembre 2010.

Des hommes et des dieux a reçu un bon accueil de la part du public, restant quatre semaines en tête du box-office en France. Il a également suscité, dans les médias, un regain d'attention pour l'histoire des moines de Tibhirine, les circonstances de leur assassinat, la guerre civile algérienne des années 1990, et le dialogue inter-religieux.

Il a obtenu le 25 février 2011 le César du meilleur film pour l'année 2010."Des hommes et des dieux" retrace les trois années de la vie des moines de Tibhérine, dans l'Atlas algérien, avant leur enlèvement et leur assassinat par un groupe extrémiste en 1996.

Mon opinion sur ce film

Je suis allé voir ce film un peu à contrecœur car j'avais peur d'être submergé par l'émotion en revoyant des lieux que j'avais découverts alors que j'étais étudiant, en 1971. J'avais en effet passé quelque temps à Tibhérine avec mon frère et j'ai connu certains des moines qui ont été assassinés en 1996.

Le monastère Notre-Dame de l'Atlas est situé dans les montagnes qui dominent la grande plaine agricole de Médéa, à une 100e de km au sud d'Alger. J'ai conservé des moines, du peu de temps passé en leur compagnie, le souvenir d'êtres lumineux et chaleureux, qui vivaient en parfaite harmonie avec les paysans des alentours (dont certains travaillaient sur les terres du monastère). L'annonce de leur enlèvement et l'injustice de leur mort m'a fait l'effet de perdre des amis personnels.

Après avoir vu le film, mon opinion est mitigée. J’ai toujours une sorte de défiance envers les films qui retracent un fait divers sordide car, pour moi, le cinéma doit être une œuvre de fiction et non une illustration, plus ou moins distanciée, d’un évènement quel qu’il soit. Cette réserve vaut aussi pour les livres. Autant j’apprécie un reportage ou un documentaire qui présente des faits, autant j’ai de réticence à lire un livre ou voir un film « adapté » d’évènements tragiques. Cela me fait l’effet d’être un voyeur et je déteste ressenti cette impression.

Pour Des hommes et des dieux, je ne suis pas persuadé qu'il ait été bienvenu de faire un film sur cette tragédie sur laquelle on a si peu d'éléments. C'est un beau film, certes, mais je ne suis pas convaincu qu'il ait mérité le prix qui lui a été attribué à Cannes. Ceci dit, combien de films primés à Cannes ont, par le passé, vraiment mérité cette prestigieuse récompense, surtout dans les dernières années ? Mais c’est une autre histoire que je me propose d’aborder un jour prochain dans le cadre de ce blog…   

Pour en revenir à Des hommes et des dieux, j'ai trouvé le ton du film relativement (mais pas totalement) juste. On ne peut pas dire qu'il fasse dans l'éloquence. Je m'attendais à retrouver une chose que ni la guerre, ni le malheur qu'ont vécus ces lieux, n'a pu effacer : la grandeur de l'Atlas, la beauté de la plaine de Médéa et surtout les extraordinaires couchers de soleil sur le Tamesguida, la "Montagne de feu" qui sépare, à l'ouest, Tibhérine de la plaine de la Médéa et de la Méditerranée. Plus que les bâtiments, c'est à cela que l'on se rend compte que le film n'a pas été tourné à Tibhérine. Que le réalisateur n'ait pas pu tourner au monastère après le drame qui s'y est déroulé est compréhensible, d'autant que la région n'est, semble-t-il pas encore pacifiée, mais, sans pour autant recourir à la palette graphique, il aurait sans aucun doute pu trouver, dans le sud marocain, des paysages rappelant ceux de cette partie de l’Algérie. Il nous répondra sans doute que tel n'était pas son but.

Il y a en effet, dans ce film, une volonté de dépouillement telle qu'elle confine presque à la platitude et sa lenteur, sans nul doute voulue, sans être comparable aux films d'un Bergman ou d'un  Theo Angelopoulos (un maître dans le genre !), donne par moments un sentiment d'ennui, ce qui n'est certainement pas le but visé par le metteur en scène. Certains spectateurs ont aussi dû être irrités par la trop grande place qu'y tient la religion. La spiritualité des moines que j'ai connus était sincère, réelle, profonde, certes mais elle n'était pas aussi ostentatoire qu'elle apparaît dans le film. La foi des moines se révélait à travers les actes de la vie quotidienne : travailler la terre, s'occuper des malades, participer à la vie des villageois, se rendre à Médéa, choses qu'on voit en effet dans le film mais qui sont presque reléguées au second plan alors que, dans mon souvenir, elles étaient au centre de leur vie de tous les jours... 

Les acteurs ne sont pas en cause (Michael Londsdale, qui joue le rôle de frère Luc, le médecin, avec juste assez de malice, est magnifique). J'ai pris aussi beaucoup de plaisir à découvrir Jacques Herlin - frère Amédée, et quelques autres. Par contre, j’ai détesté le jeu surfait de Lambert Wilson, qui fait plus "du Lambert Wilson" qu'il n'incarne le prieur Christian de Chergé (mais c’est toujours le problème avec les rôles qu’interprète cet acteur).

Plusieurs scènes m'ont touché, mais pas véritablement ému : celle où Michael Lonsdale conseille la jeune algérienne sur l'amour, celle du dialogue entre le chef islamiste et C. de Chergé le soir de Noël...  La plus belle scène, évidemment, qui reste inoubliable pour la plupart des spectateurs, est celle où Frère Luc, à la veille de l'enlèvement, ouvre deux bouteilles de vin que les moines dégustent en écoutant le "Lac des Cygnes", de Tchaïkovsky. On ne peut pas ne pas y voir une allusion à la Cène. Cela en a gêné certains. Pas moi car c'est le seul moment de grandiloquence que s'autorise le metteur en scène et il le fait avec une retenue qui l'honore. Mais, comme je l'ai dit, le film ne m'a pas enthousiasmé autant qu'il l'aurait dû.


Sur l'assassinat desmoines : http://fr.wikipedia.org/wiki/Assassinat_des_moines_de_Tibhirine

WALL STREET, L'ARGENT NE DORT JAMAIS (USA-2010)



Wall Street : L'argent ne dort jamais est un film américain réalisé par Oliver Stone et sorti en 2010. C'est la suite du film Wall Street, sorti en 1987. Le film a notamment été présenté hors compétition au Festival de Cannes 2010.

Synopsis

En 2001, Gordon Gekko sort de prison après avoir purgé une peine de 8 ans pour délit d'initié et diverses fraudes.
Sept ans plus tard, à Wall Street, New York peu avant le krach boursier de 2008, le jeune trader, Jacob « Jake » Moore (Shia LaBeouf) travaille dans un cabinet de traders et assiste, impuissant à la chute de son mentor, Lou, que d'obscures manipulations du marché ont poussé à la ruine et au suicide. Amoureux d'une fille qui s'avère être celle de Gordon Gekko (Michael Douglas), un financier qui sort de prison après y avoir passé 20 ans pour délit d'initié, il se rapproche de lui pour obtenir ses conseils afin de venger Lou. Mais Gordon, jouant  sur sa sincérité et sa naïveté, le manipule pour arriver à ses propres fins : récupérer la fortune qu'il a placée en Suisse au nom de sa fille pour pouvoir "rebondir" à sa libération et se venger de ses ennemis.
Jacob apprendra à ses dépens que l'amitié, la sincérité et l'honnêteté sont des mots qui n'ont pas droit de cité dans le monde de la haute finance internationale.

Mon opinion 

Shia LaBeouf (Jacob) et Michael Douglas sont magnifiques, la mise en scène d' Oliver Stone, impeccable comme toujours. Tout, dans ce film, est réglé comme du papier à musique et, si on ne comprend pas toujours tout, on en ressort  néanmoins avec l'idée que la collusion entre la haute finance et les gouvernants est réelle et que le krach de 2008 a permis aux puissants de devenir encore plus puissants, que leurs pratiques sont encore plus immorales qu'elles ne l'étaient avant le dernier krach et qu'aucune leçon n'a été tirée de cette crise, bien au contraire... Bilan pessimiste mais très certainement justifié.
Heureusement que le film se termine sur une note d'optimisme : les retrouvailles entre une fille et son père et le bonheur d'un jeune couple réconcilié. Mais on se dit que, cela, c'est parce que tout film hollywoodien qui se respecte se doit d'avoir une "happy end" et que le réalisateur aurait tout aussi bien pu terminer son film sur une fin moins reluisante.

Le film sous ses aspects de divertissement, fait cependant réfléchir sur ce qu'est devenu le monde des affaires depuis quelques années : un maelstrom ingérable dont l'équilibre est tellement précaire que nous devons trembler devant l'avenir qui nous est réservé, à nous les petits, les sans-grades, car la leçon est que, si les puissants s'en sortent toujours, ceux qui sont au bas de l’échelle trinqueront en fin de compte. Malgré sa fin heureuse, on garde de ce film un goût amer et une défiance accrue pour les puissants qui nous manipulent impunément, qu’ils soient politiques ou financiers. Ce film n'a jamais été autant d'actualité.